Procédures de prévention et de traitement : les outils à disposition des entreprises en difficulté
Après une année 2024 déjà marquée par la montée des fragilit és, 2025 a confirmé l’installation durable des difficultés des entreprises. La progression des procédures collectives, conjuguée à une accélération sans précédent des radiations, a progressivement réduit les marges de manœuvre des dirigeants. Dans ce contexte économique, la prévention et le traitement anticipé des difficultés constituent des leviers déterminants pour préserver l’activité et l’emploi.
Un contexte 2025 marqué par une montée des vulnérabilités
L’année 2025 a été particulièrement rude pour les entreprises. Poursuivant la tendance observée en 2024, le nombre de procédures collectives s’est établi à 63 127 sur l’ensemble de l’exercice, soit une hausse de 3,3 % sur un an… un niveau historiquement élevé de défaillances.
Côté prévention, les données mettent en évidence un décalage entre les territoires où les fragilités des entreprises sont détectées et ceux où les dispositifs de prévention sont effectivement mobilisés. Si 378 641 entreprises ont été identifiées en situation de vulnérabilité, cette détection se concentre particulièrement dans certaines régions, au premier rang desquelles la Provence-Alpes-Côte d’Azur (31,6 %), devant la Nouvelle-Aquitaine (12,6 %) et le Grand Est (12,1 %). Ces fragilités concernent majoritairement des structures de petite taille, souvent constituées sous forme d’entreprises individuelles ou de sociétés faiblement capitalisées, plus exposées aux tensions de trésorerie et aux aléas conjoncturels.
À l’inverse, le traitement des difficultés demeure fortement centralisé. Sur les 16 020 dossiers de prévention ouverts, près de 46,6 % l’ont été en Île-de-France, une région pourtant peu représentée dans la détection des fragilités. Cette concentration s’explique par un accès plus direct aux dispositifs pour les entreprises juridiquement et financièrement les mieux structurées. À l’inverse, les entreprises les plus exposées, souvent de petite taille, mobilisent peu la prévention, ce qui favorise des entrées tardives en procédure collective.
Parmi les procédures collectives, la liquidation judiciaire demeure largement dominante, représentant près de 73 % des dossiers, un chiffre qui révèle un recours aux dispositifs intervenant le plus souvent à un stade avancé de difficulté. Dans le même temps, les radiations ont atteint un volume inédit en 2025, avec 457 459 entreprises radiées, une hausse de 51,5 % sur un an.
L’articulation de ces indicateurs met en évidence un environnement économique durablement contraint, dans lequel les difficultés financières tendent à s’installer plutôt qu’à se résorber. Dans ce contexte, la mobilisation précoce des outils de prévention, puis, le cas échéant, des procédures amiables ou collectives, apparaît déterminante pour limiter les ruptures d’activité et contenir les défaillances.
Agir tôt : les dispositifs de prévention
La prévention constitue le premier pilier d’un traitement efficace des difficultés, en permettant d’intervenir avant l’état de cessation des paiements. En 2025, les dispositifs de détection des greffes ont identifié 378 641 entreprises en situation de fragilité potentielle. Pour autant, seuls 16 020 dossiers de prévention ont donné lieu à un traitement formalisé, un volume quasi stable, mais qui néanmoins souligne un net décalage entre détection et accompagnement effectif.
L’entretien de prévention avec le président du tribunal de commerce
Le chef d’entreprise peut solliciter un entretien confidentiel afin d’exposer ses difficultés et identifier des pistes de solutions. Le président du tribunal peut également convoquer le dirigeant lorsque des signaux préoccupants sont détectés. Plusieurs procédures peuvent être saisies :
Le mandat ad hoc
Procédure entièrement confidentielle, sans condition de cessation des paiements.
Un mandataire ad hoc est désigné pour négocier avec les créanciers, rechercher un accord ou accompagner la restructuration. Flexible et sur mesure, ce dispositif reste l’un des outils les plus efficaces en phase précoce.
La conciliation
Destinée aux entreprises connaissant des difficultés avérées ou prévisibles, mais non en cessation des paiements depuis plus de 45 jours. Elle vise à conclure un accord amiable portant sur des délais de paiement, remises, apports nouveaux ou restructuration financière. La procédure est confidentielle ; l’accord peut être homologué afin de sécuriser les engagements pris.
Faire face aux difficultés avérées : sauvegarde et redressement judiciaire
Lorsque les difficultés deviennent trop importantes pour être résolues de manière amiable, les procédures collectives prennent le relais.
La sauvegarde
Réservée aux entreprises non en cessation des paiements, elle permet :
- de geler les dettes antérieures,
- de maintenir l’activité,
- de préserver l’emploi,
- d’élaborer un plan de restructuration sur une durée pouvant aller jusqu’à dix ans.
Le dirigeant reste à la tête de l’entreprise et bénéficie d’un cadre protecteur contre les poursuites individuelles.
Le redressement judiciaire
Cette procédure s’applique aux entreprises en cessation des paiements, mais dont le redressement est envisagé.
Elle ouvre une période d’observation, la préparation d’un plan de redressement ou, si nécessaire, une cession totale ou partielle. L’AGS intervient notamment pour garantir le paiement des sommes dues aux salariés.
Lorsque le redressement est impossible : liquidation judiciaire et rétablissement professionnel
La liquidation judiciaire
Prononcée lorsque la situation de l’entreprise ne permet plus sa poursuite.
Elle entraîne :
- la cessation de l’activité,
- le dessaisissement du dirigeant,
- la réalisation des actifs pour désintéresser les créanciers.
Une liquidation simplifiée est prévue pour les plus petites structures (CA < 750 000 € et ≤ 5 salariés) afin d’accélérer le traitement des dossiers.
Le rétablissement professionnel
Destiné aux entrepreneurs individuels dont l’actif est inférieur à 15 000 €, il permet un effacement des dettes en quatre mois, sans liquidation judiciaire et sans dessaisissement, sous conditions de bonne foi et d’absence de salarié.
Un écosystème d’accompagnement renforcé
Au-delà des procédures, plusieurs acteurs interviennent pour orienter les dirigeants :
- CCI, CMA et centres de gestion agréés, qui proposent diagnostics et accompagnements personnalisés.
- Médiation du crédit et correspondants TPE de la Banque de France, mobilisés pour résoudre les difficultés de financement.
- CIP, dont les permanences gratuites et confidentielles aident les dirigeants à identifier la procédure la plus adaptée.
- Associations du Portail du Rebond (60 000 rebonds, Second Souffle, APESA, etc.), actives dans l’accompagnement post-difficultés et le soutien psychologique.
L’année 2025 rappelle que l’efficacité des dispositifs de prévention dépend avant tout de leur mobilisation en amont. Si les outils existent, ils restent encore trop souvent activés trop tardivement. L’enjeu pour 2026 est de renforcer l’anticipation des difficultés avec une meilleure appropriation des dispositifs par les entreprises et leurs conseils.











