Radiations au plus haut et défaillances qui s’installent : fin d’année 2025 très difficile pour les entreprises
Un article Infogreffe x Les Echos Le Parisien Services
Au quatrième trimestre 2025, les chiffres issus des greffes des tribunaux de commerce et analysés par Infogreffe confirment l’inflexion des trimestres précédents.
Si la création d'entreprises demeure soutenue, la réalité est plus sombre pour les entreprises en activité : les sorties du tissu économique s’accélèrent, tandis que les procédures collectives se maintiennent à un niveau élevé, traduisant une fragilisation durable du tissu entrepreneurial français.
Un quatrième trimestre marqué par une vague de cessations d’activité
Entre le 1ᵉʳ octobre et le 31 décembre 2025, 112 021 entreprises ont été radiées, soit une hausse de +27,4 % par rapport au quatrième trimestre 2024.
Ce volume de radiations particulièrement élevé s’inscrit dans la continuité des tendances observées tout au long de l’année et confirme une accélération des sorties du tissu entrepreneurial en fin d’exercice.
Toutes les formes juridiques sont concernées, mais l’ampleur du phénomène varie sensiblement selon les statuts.
Les entreprises individuelles enregistrent 41 836 radiations, en progression de +55,7 %. Cette catégorie reste particulièrement exposée aux radiations d’office, qui représentent 1,68 % des radiations constatées pour ce statut. Ces situations concernent plus fréquemment des structures de petite taille, parfois moins outillées pour assurer le suivi des obligations administratives, dans un contexte économique dégradé.
Les sociétés par actions simplifiées (SAS) affichent 29 087 radiations, soit une hausse de +43,3 % sur un an. Les radiations d’office y sont proportionnellement plus fréquentes, représentant 26,85 % des radiations observées pour ce statut, traduisant davantage de situations de cessation ou de défaillance formalisées sur le plan juridique.
Les sociétés civiles immobilières (SCI) sont également fortement touchées, avec 8 342 radiations, en hausse de +30,7 %, dans un contexte de tensions persistantes sur le marché immobilier.
L’analyse des motifs apporte un éclairage complémentaire sur la nature de ces sorties. Les radiations volontaires demeurent le premier poste (42 765 cas), mais les radiations consécutives à une procédure collective représentent une part substantielle (37 593). Les radiations d’office, en nette progression, atteignent 19 180 cas, soit 17,1 % de l’ensemble des radiations du trimestre.
Ces éléments confirment que la fin d’année ne se limite pas à un simple phénomène de rotation, mais reflète aussi une montée des situations administratives et judiciaires conduisant à la disparition de l’entreprise.
Sur le plan territorial, ce quatrième trimestre se caractérise par de forts contrastes régionaux.
Les hausses de radiations sont particulièrement marquées dans le Grand Est (+79,1 %), la Normandie (+65,9 %), les Hauts-de-France (+63,6 %) et l’Île-de-France (+39,7 %), région qui concentre une part importante du tissu entrepreneurial national.
Au-delà du seul poids démographique, ces évolutions s’expliquent également par la structure sectorielle de ces territoires. Ces régions présentent une forte exposition à des secteurs particulièrement touchés en 2025, notamment le transport-entreposage, les services aux entreprises, le commerce et les activités immobilières, qui enregistrent les plus fortes hausses de radiations au niveau national.
À l’inverse, plusieurs territoires ultramarins affichent des reculs marqués, particulièrement la Guadeloupe (-76,8 %), la Guyane (-48,4 %) ou La Réunion (-48,0 %). Ces évolutions s’expliquent en partie par la taille plus limitée du tissu entrepreneurial local, mais également par une moindre exposition aux secteurs les plus touchés sur le trimestre.
Des défaillances qui s’installent et qui vont prolonger la vague des radiations en 2026
Parallèlement, le nombre d’entreprises entrant en procédure collective demeure élevé. Sur ce T4, 17 194 entreprises ont fait l’objet d’une ouverture de procédure, soit une hausse modérée de +2,2 % sur un an.
La liquidation judiciaire reste la procédure la plus fréquente, avec 11 984 ouvertures, bien que son volume recule légèrement par rapport à la même période de 2024 (-4,6 %). À l’inverse, les redressements judiciaires poursuivent leur progression, totalisant 4 802 ouvertures, soit +24,4 % sur un an. Les procédures de sauvegarde évoluent également à la hausse (351 procédures en hausse de 7 %), tout en conservant un poids marginal dans l’ensemble des procédures collectives.
Cette configuration prolonge une dynamique observée tout au long de l’année. Au fil des trimestres, les redressements judiciaires ont progressé à un rythme soutenu, tandis que les liquidations judiciaires demeuraient majoritaires, représentant environ 70 % des procédures collectives. Elle traduit un recours plus fréquent aux dispositifs de poursuite d’activité lorsque cela reste possible, sans pour autant infléchir le niveau global des défaillances.
Sur l’ensemble de l’année 2025, le cumul des ouvertures de procédures collectives atteint 63 127, un niveau très proche de celui observé en 2024 (61 655). Cette stabilité à un niveau élevé confirme que la défaillance d’entreprise ne reflue pas, mais s’inscrit durablement dans le paysage économique.
Or, la grande majorité des entreprises entrant en procédure collective n’aboutit pas à une sauvegarde pérenne de l’activité. Dans ce contexte, le maintien d’un volume élevé de procédures collectives en 2025 laisse présager un niveau toujours conséquent de radiations en 2026, prolongeant la vague de sorties observée depuis plusieurs trimestres.
2025 : un déséquilibre qui se durcit par rapport à 2024
Le quatrième trimestre 2025 ajoute 112 021 radiations supplémentaires, portant le total annuel à 457 459 entreprises radiées, soit une hausse de +51,5 % par rapport à 2024. Le bilan de l’année est lourd. Là où 2024 traduisait une montée progressive des difficultés, 2025 marque un changement d’échelle, avec une accélération franche des cessations d’activité, largement portée par des sorties hors procédure collective.
En dépit de ces tensions, la création d'entreprises reste orientée à la hausse avec 169 345 entreprises immatriculées (+10,2 %) sur le T4, avec une forte concentration en Île-de-France (30,6 %), suivie de l’Auvergne-Rhône-Alpes (11,8 %) et de la Provence-Alpes-Côte d’Azur (9,8 %).
Côté secteurs d’activités, le paysage demeure contrasté : les créations reculent dans l’hébergement-restauration (-11,9 %) et la construction (-3,7 %), tandis qu’elles progressent fortement dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques (+30 %) et les activités immobilières (+14,5 %).
Avec 634 681 immatriculations en 2025, en hausse de +9,9 % par rapport à 2024, la création progresse, sans pour autant contrebalancer l’ampleur des sorties et la persistance des difficultés.
Les tensions financières, fil conducteur de l’année 2025
Les radiations et les défaillances ne peuvent être appréhendées isolément. L’année 2025 s’inscrit dans un environnement marqué par des tensions financières durables, qui pèsent sur la situation des entreprises et structurent la recomposition du tissu entrepreneurial.
Au quatrième trimestre 2025, les greffes ont recensé 43 031 injonctions de payer, en légère baisse de 1,2% par rapport au quatrième trimestre de 2024. Le secteur de la construction apparaît particulièrement exposé, concentrant 24,1 % des décisions. Dans le même temps, les inscriptions de privilèges progressent pour le Trésor public (+13,5%) alors que celles pour la Sécurité sociale baissent de 23,6%.
Au quatrième trimestre, malgré un léger repli trimestriel des injonctions (-1,2%), leur volume demeurait élevé (43 031 décisions), confirmant un climat de trésorerie durablement dégradé pour de nombreuses entreprises.
Dans ce cadre, le quatrième trimestre 2025 apparaît comme une période de bascule : la fin d’année se caractérise par une accélération des sorties du tissu économique, tandis que le recours aux procédures de redressement progresse. Ce double mouvement reflète à la fois la volonté de préserver l’activité lorsque cela reste possible et, pour une part croissante d’entreprises, le caractère désormais structurel des difficultés auxquelles elles sont confrontées.
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